Merci à Montchat Philosophe 2011 pour ce parcours historique !
Balade urbaine les lieux de mémoires à Montchat
DEPART Place du Château
Faites face au Château de Montchat, centre historique du quartier.
Edifié au XVIème siècle, il a connu plusieurs propriétaires avant d’appartenir, ainsi que tout le quartier , à la célèbre Famille VITTON.
C’est, après la vente de leur domaine en 1858 que MONTCHAT s’est structuré et urbanisé autour de la place.
En 1993, le Château devient un centre de congré privé.
Plus récemment en 2005, des candidats se sont entassés dans ces murs historiques pour participer à l’émission : La Nouvelle Star.
A droite de l’allée, prenez le temps d’observer la plaque posée sur le mur du foyer pour le centenaire du quartier en hommage à la famille VITTON.
Poursuivez vers l’Eglise Notre Dame du Bon secours édifiée en 1875 qui selon les mots de René Tavernier est le « centre du quartier, insignifiante d’Architecture, mais par là même peut-être plus représentative de sa fonction de mère-poule groupant ses poussins. »
Dans le square voisin, observer les monuments dédiés aux morts des deux guerres mondiales du XXème Siècle.
Direction le Sud, à gauche toute, sur le cours Eugénie. Contrairement aux 17 autres rues du quartier qui honorent un membre de la famille VITTON, ce cours est dédié à Eugénie de Montijo, épouse de Napoléon III qui avait été reçue par Louise Richard VITTON, au Château de Montchat.
Pendant l’Empire, Eugénie fait avancer la cause des femmes en leur faisant obtenir le premier baccalauréat et la première légion d’honneur. Elle lance la mode des bains à Biarritz et Napoléon III fait créer la commune landaise Eugénie-les-bains en son honneur.
http://www.ville-eugenie-les-bains.fr/evenementiel.html
A LYON, on lui dédia plus brièvement la rue de l’Impératrice, devenue depuis Edouard Herriot.
Sur le cours, laissez le génie du restaurant derrière vous, et faites une pause devant la jolie maison du numéro 30
La belle façade cache une sombre histoire : le 12 décembre 1943, Faure PINGUELY, Vice-Président du Tribunal spécial de LYON, chargé de mener la répression contre les activités de résistance, a été assassiné par quatre inconnus.
http://ruesdelyon.wysiup.net/PageRubrique.php?ID=1007689&rubID=1007726
Empruntez ensuite la rue Pierre BONNAUD sur la gauche. Jetez un œil sur l’étonnante charpente métallique de la maison du numéro 3, qui semble sortie des usines Eiffel.
Suivent des villas typiques de l’Architecture fin 20ème début 21ème siècle et plus loin à gauche, alors que vous attaquez la pente, émerge un immeuble massif des années 50 qui offre deux belles entrées décorées de bas relief.
Au carrefour, prenez à droite, rue Alfred de Musset. Le groupe Scolaire Condorcet, bâti en 1936 présente des bas reliefs avec d’étranges têtes d’enfants, et un fronton très particulier, qui indique ce que l’on enseigne ici. A vous de nous dire quoi.
Poursuivez l’ascension en virant à gauche rue Jules Massenet, compositeur stéphanois du 19ème, auteur des Opéras Manon et Panurge.
Slalomez entre les jardins ouvriers pour parvenir au sommet de la colline devant les grilles du Parc Chambovet.
Offrez-vous une pause verte dans ce parc retiré et un peu secret. Dédié une fois n’est pas coutume à un membre de la famille VITTON. Ici, la mère de Richard Vitton, Mademoiselle CHAMBOVET épouse VITTON est à l’honneur. Sous les arbres, le long de l’enceinte, cherchez un mur, ultime vestige d’une maison qui abritât Elsa TRIOLET et Louis ARAGON de 1942 à 1943. Si le couple apprécie le quartier, Lyon leur laissa une sensation « désolante comme un poussiéreux bureau de Notaire, tapissé d’anciennes archives de famille, pareilles à des caveaux dans un cimetière ».
Une plaque apposée au n°4 de la rue Chambovet à l’emplacement de la demeure disparue apprend qu’ici, Aragon a écrit son poème « il n’y a pas d’amour heureux ».
Entre 1941 et 1944, René TAVERNIER, écrivain, journaliste, et Résistant, père de Bertrand TAVERNIER, se cacha dans ces murs.
http://www.cndp.fr/poetes-en-resistance/poetes/rene-tavernier.html
C’est également ici que se réunissait le Conseil National des Ecrivains de la Zone Sud et que fut créée et publiée la revue « Confluences » pendant cette période.
Quittez le parc par là où vous êtes entré.
Face à la rue CHAMBOVET, à droite de deux bancs publics, un escalier vous invite à redescendre à travers les arbres, ainsi commence la rue Sainte Marie. Au numéro 34 admirez le joli manoir rose et poursuivez votre route dans cette rue tranquille jusqu’à déboucher sur la place Saint Charles.
Traversez le Cours Docteur Long et continuez dans la rue Sainte Marie jusqu’à l’incontournable Place Ronde qui a de tout temps été circulaire. Ne tournez pas en rond et empruntez la rue de l’église jusqu’à la route de Genas, limite Nord de Montchat. Levez les yeux à l’angle des rues, deux gardiens veillent sur l’entrée du quartier, à vous de nous dire lesquels ?
http://ruesdelyon.wysiup.net/PageRubrique.php?ID=1006083&rubID=1006123
Quelques mètres à gauche sur la route de Genas suffisent. Virez à gauche dans la rue Camille. C’est au 4 que le résistant Auguste Favier à qui l’on doit des dessins des horreurs de Buchenwald est arrêté le 15 septembre 1943.
Une fois sur le Cours Vitton, vous croisez à l’angle, un super U de grande distribution. Ici même, au numéro 33 une bombe explosa chez une primeur le 23 juillet 1944. Ne trainez pas dans ce carrefour impétueux, traversez le Cours pour prendre la rue Antoinette, dédiée à Antoinette BONNAND dont le mérite est d’avoir été la mère de Madame Richard VITTON. Histoire de famille toujours….
Longez l’austère façade de l’école Anatole France, poursuivez tout droit pour arriver sur la rue Charles RICHARD, encore un Vitton !
Descendez la rue par la gauche. Une pause au numéro 15 , en mémoire du résistant Claude ALLIOD arrêté ici le 7 juin 1943. Au numéro 25, remarquez la drôle de porte n’ouvre que sur le vide. Plus loin un félin pétrifié observe du haut de son fronton, à quel numéro se situe-t-il ?
A l’angle de la rue Charles RICHARD et du cours Docteur LONG, une plaque est dédiée au couple Georges FULCHIRON arrêté à LYON le 8 juillet 1944.
Georges FULCHIRON est transféré au Natzweiller-Struthof en août 1944, puis à Dachau puis au Kommando de Dautmergen où il meurt en décembre 1944. Louise FULCHIRON est dans le même convoi mais sa destination finale est Ravensbrück où elle décèdera à la fin de l’année 1944 ou début 1945..
Suivez ensuite le flot de la circulation sur le long cours du Docteur…
Vous faites maintenant face à la demeure rose du numéro 18, au moins aussi célèbre que l’est le Château : la maison du Docteur Long. Héros Résistant du quartier, ce médecin généraliste et rhumatologue milite au parti radical-socialiste. Agent du Coq enchaîné depuis 1941, il donne des soins aux résistants, diffuse tracts, journaux, forme des équipes armées et de sabotage, recherche du renseignement militaire… il fonde une organisation qui permet d’envoyer à Chaperry (Haute Savoie), des résistants poursuivis, auxquels il fournit de fausses cartes d’identité et du ravitaillement. En représailles d’attentats perpétrés par la résistance, il est enlevé le 22 octobre 1943 à son domicile par un groupuscule baptisé Comité national antiterroriste. En détention à la prison Montluc, il est torturé. Son corps retrouvé sans vie le 23 octobre 1943 à Feyzin, au lieu dit les Quatre Chemins, porte comme inscription « terreur contre terreur, cet homme paie de sa vie le meurtre d’un national ».
René Chaillet s’est éteint … Il était une figure du quartier, le plus souvent présent dans le secteur Richard-Vitton, place Ronde, proche de chez lui puisqu’il demeurait 57 rue Camille. Les enfants se souviendront de René Chaillet qui, pendant plusieurs années, endossa l’habit du Père Noël, devant La Tabactière. A 82 ans, René, ancien électricien en bâtiment, s’en est allé dans la nuit de vendredi à samedi, découvert à son domicile en début de matinée par les pompiers, alertés par l’infirmière qui lui apportait des soins. Bien que la santé de l’octogénaire se soit dégradée depuis le début de l’année, on le croisait encore ces jours derniers.
« Richard-Vitton »
« On méconnait trop l’importance du tiret. Etudier le nom des rues est une science qui n’intéresse pas seulement l’histoire (locale ou autre), n’attire pas seulement notre attention sur les nombreuses matières qui, au hasard des appellations, se rappellent hasardeusement à notre infinie ignorance ( musique, peinture, sociologie, littérature, sciences politiques, religion, géographie, médecine…) mais également nous remet en mémoire les bienfaits de la ponctuation. J’en veux pour preuve celui-ci, Richard-Vitton, que porte une rue calme du quartier de Montchat dans le troisième arrondissement lyonnais.
J’ai longtemps cru que Richard Vitton était un gars sans histoire, député ou maire, comme tant d’autres. Guère d’originalité là-dedans, je vous l’accorde. Et je ne m’étais jamais interrogé plus que ça sur l’existence simultanée à Lyon d’un cours Vitton et d’un cours Richard-Vitton. Quand j’ai découvert, stupéfait, l’existence de ce petit tiret, signe (arbitraire et pourtant nécessaire, comme aurait dit toute la clique des Saussure, Benveniste et autres) du nom composé.
Jean Louis François RICHARD (1803-1874) est le fils de Charles François RICHARD (1772-1851), soldat sous la Révolution qui s’établit à Saint-Chamond où il fit fortune honnête en montant une entreprise de lacets. En épousant la fille d’Henri VITTON (1793-1834), l’ancien maire de la Guillotière, une dénommée Louis Françoise, le fils de l’entrepreneur en lacets devint donc ce fameux Jean Louis François RICHARD-VITTON, a qui le cours de Montchat fut dédié ; En lotissant son domaine, la famille-dynastie des Vitton, laquelle possédait une bonne partie du quartier autour des dix-sept hectares de son château, dota en effet douze kilomètres de voies publiques à la ville. La contrepartie, c’était que chaque rue devait porter le prénom d’un de ses enfants (Julie, Julien, Louise, Antoinette…) au fur et à mesure quelle cédait ses terrains pour faire du logement social. Devenu maire du troisième arrondissement après l’annexion de la Guillotière à la ville, Jean Louis François RICHARD-VITTON céda ainsi – c’est ce que raconte la petite histoire – la voirie de Montchat au préfet Vaisse, à condition que la municipalité s’engageât à conserver la mémoire de ses chères têtes blondes (1) en ne changeant plus les noms des rues de ce quartier. En retour, Richard-Vitton offrit le doux nom de l’impératrice ’Eugénie à l’une des voies du lotissement.
(1) Ou brunes : le story board ne le précise pas. »
Pour en savoir plus :
Lien : http://lesruesdelyon.hautetfort.com/archive/2010/02/12/richard-vitton.html
« Né le 16 novembre 1906 dans le quartier de Montchat, il y décède le 14 Décembre 1980, après s’être dévoué corps et âme, pendant plus d’un demi-siècle, pour cette parcelle aussi vivante que personnalisée du grand 3e arrondissement.

Fils d’un employé des transports en commun lyonnais, il se tourne ensuite vers des activités touchant à la charpenterie, mais participe dès 1935 à la création puis au développement et à l’animation du Foyer de Montchat.
Passionné de théâtre, il monte fréquemment sur les planches, mais s’occupe également des projections de films, des animations, des sorties…
En mai 1958, il initie et organise les fêtes destinées à marquer le centenaire de Montchat, quartier issu de la donation d’importants terrains effectués par Francois-Richard Vitton en 1858.
C’est encore lui qui s’active pour que le Comité d’organisation soit perpétué sous forme d’un Comité des fêtes permanent, qui met sur pied, chaque année, des festivités.
Egalement, Georges Bazin, passionné d’histoire rejoint en 1958 l’équipe dirigeante de la Société d’Histoire de Lyon-Rive Gauche du Rhône[2], dont il sera le secrétaire à partir de 1964.
Infatigable, il s’occupe du programme des conférences, en donne lui-même et trouve le temps de fournir régulièrement des articles solidement documentés à Rive Gauche, la revue de l’association aujourd’hui toujours édité. [Il publit aussi en 1956 un livre sur l’histoire du quartier, ce qui lui vaut d’être honoré comme historien de Montchat: Georges Bazin (1956)Montchat : Lyon 3e, un ancien lieu-dit de la rive gauche du Rhône. Préface par Octave Richard-Vitton.
Le 28 Avril 1986, la ville de Lyon décide de donner le nom de Georges Bazin à un nouveau parc, le Parc Bazin installé le long de l’ancienne ligne de chemin de fer de l’Est, devenue aujourd’hui la ligne de tramway T3.»
Article de Corneloup, Gérard (2009)« Gérard BAZIN », in Dictionnaire Historique de Lyon. Lyon : Ed. Stéphane Bachès : Pp.120.
Jean Long, né le 24/7/1906 à Alby- sur-Chéran (Haute-Savoie), est médecin généraliste et rhumatologue à Lyon, il milite au Parti radical-socialiste.
Résistant, il rejoint le résau “Coq Enchaîné” en 1941. Engagé très tôt dans le combat contre l’occupant nazi, il s’illustra notamment en prodigant des soins aux clandestins et aux Résistants de la région. Diffuseur de tracts et journaux, formateur d’équipes armées et d’équipes de sabotage, il recherche du renseignement militaire et fonde une organisation qui permet d’envoyer en Haute-Savoie des résistants poursuivis, auxquels il fournit des faux papiers.
En représailles aux attentats perpétrés par la Résistance, Jean LONG est enlevé le 22 octobre 1943 à son domicile, par un groupuscule baptisé CNAT (Comité National Anti Terroriste). En détention à la prison Montluc, il est torturé. Sur son corps, retrouvé sans vie le lendemain à Feyzin, un écriteau tente de justifier le crime odieux: ” Terreur contre terreur, cet homme paie de sa vie le meurtre d’un national”. Il était âgé de 38 ans et père de deux enfants, dont Guetty Long, peintre fameuse du quartier de Montchat.
Le cours Henri a été rebaptisé Cours du Docteur Long en hommage à la figure de ce héro montchatois.
Le quartier de Montchat s’est particulièrement illustré pendant ces heures noires. On peut en particulier évoquer le souvenir de René TAVERNIER, écrivain, journaliste et Résistant, père de Bertrand Tavernier, qui se cacha à Lyon entre 1941 et 1944.
C’est au n°4 de la rue Chambovet que fut créée et publiée la revue « Confluences » pendant cette période. C’est également à cette adresse que se réunissait le Conseil National des Ecrivains de la Zone Sud et que Louis Aragon, dit-on, écrivit ce poême fameux « Il n’y a pas d’amour heureux ».
Références :
Hommage Au Docteur Jean Long, La Vie D’Un Heros, par Guetty Long.
Résistants à Lyon, Villeurbanne et aux alentours : 2824 engagements, Bruno Permezel, BGA Permezel, 2003.
Bertrand Tavernier habitait au 4, rue Chambovet, à Lyon « J’ai passé les cinq premières années de ma vie à Lyon, dans une maison située au 4, rue Chambovet, dans le quartier de Montchat. Nous habitions sur une petite butte, et mon premier souvenir, il m’est déjà arrivé de le raconter, ce sont les fusées éclairantes qui saluent l’arrivée des Américains. On est en 1944, j’ai 3 ans. Dans cette maison, pendant l’Occupation, mon père, René, qui dirigeait la revue littéraire Confluences, a caché Aragon. C’est chez nous que celui-ci a écrit Il n’y a pas d’amour heureux, la légende voulant que ce soit pour ma mère. Mais je n’ai aucun souvenir de lui… Plus tard, la maison a été détruite - je l’évoque dans L’Horloger de Saint-Paul -, et aujourd’hui, sur son emplacement, une plaque dit qu’elle a été le siège du Comité national des écrivains, ce rassemblement d’auteurs résistants.
Nous avons emménagé à Paris quand j’avais 5 ans, mais je n’ai cessé de retourner à Lyon, où vivaient mes deux grands-mères. J’ai des souvenirs très vivaces du parc de la Tête-d’Or, mais aussi des tramways, qui me fascinaient. Et j’ai toujours aimé cette lumière changeante, qu’on ne trouve nulle part ailleurs. Le romancier Gabriel Chevalier disait : « C’est dans la lumière lyonnaise qu’on peut saisir le mieux la désespérante question de l’à quoi bon des jours. »
Je me suis rendu compte assez tard que je cherchais dans mes films à recréer les appartements de mon enfance. Des appartements sombres, asymétriques, aux plans compliqués : je me revois lisant à plat ventre pour essayer de capter le maximum de lumière. On y accède par des escaliers larges et obscurs, qui ne doivent jamais laisser supposer que l’on va déboucher sur un logement luxueux. A Lyon, le luxe ne doit pas s’afficher : c’est l’inverse de la logique haussmannienne, en quelque sorte. Ces décors induisent des sentiments, un goût du secret qui est très lyonnais. Une réserve, un quant-à-soi qui sont proches de la pudeur britannique, et auxquels j’adhère entièrement » . Propos recueillis par Aurélien Ferenczi Télérama n° 3053
Bertrand Tavernier est né à Lyon en 1941. Il y a tourné plusieurs films, notamment L’Horloger de Saint-Paul et Une semaine de vacances. Il préside l’Institut Lumière, la « cinémathèque » lyonnaise.

