Le quartier de Montchat forme la partie orientale du 3e arrondissement de Lyon. Il se termine par une butte, limitrophe de Bron. Il accueille plusieurs hôpitaux et est principalement résidentiel.
Les commerces se situent essentiellement le long de l’axe principal, le cours Docteur Long, et de la place du Château, qui accueille également le marché. L’ambiance tranquille de petite ville de province, la présence nombreuses maisons individuelles à quelques kilomètres seulement du centre de Lyon et la proximité des hôpitaux en font un des quartiers les plus chers de Lyon (avec le 6ème arrondissement), recherché notamment par les professions médicales.
Le quartier a conservé un cachet original. L’uniformité de ses aménagement lui donne un caractère intemporel et à pars dans l’agglomération lyonnaise.
Étymologie
Le lieu se serait appelé ‘Mont-Chal’ du radical celte -cal- qui désigne un espace boisé ou marécageux.
Je pense que vous avez trouvé cette étymologie sur Brun de la Valette, mais un Mont-Chal est un mont chauve dit Steyert, dans le volume-II de l’Histoire de Lyon pp 282. Cal est une racine celtique que renvoie à calcaire, et on est donc loin du marécage ! D’ailleurs il suffit de bêcher pour s’en rendre compte. En plus un quartier de Montchat s’appelle les Sablons. Logiquement on ne pas avoir les deux (sauf sous-couche argileuse)
Géographie
Au niveau topographique, situé à l’est de la rive gauche, les hauts de montchat s’élévent à 210 mètres d’altitude. La pente descend abruptement vers l’ouest en balme alors qu’elle est plus douce en direction de Grange-Blanche et Monplaisir.
C’est cette altitude qui explique la présence du plus grand réservoir d’eau de la ville, à l’angle de la rue Rockfeller et du boulevard Pinel dans le quartier Mermoz.
Du fait de sa position excentrée, Montchat possède aussi cette particularité d’avoir été épargné au cours des temps par les crues, parfois dévastatrices, du Rhône. C’est pour cela que l’on trouvait sur ces terres, des prairies, quelques céréales et des vignes. Mais aussi, sa position non stratégique lui permit de rester sur les marges tranquilles de l’histoire et de se développer avant tout au rythme de son histoire interne.
Histoire
Aux Origines d’un quartier:
C’est au XIe siècle qu’est construite une église sous le vocable de Saint-Alban (légèrement au sud de l’avenue Rockfeller), un martyr du début du IVe siècle. Elle est l’église du petit village de Chaussagne (également nommé la Chesnaie) dont le point culminant est le croisement des rues Trarieux et du boulevard Pinel. Chaussagne est alors une des trois paroisses du mandement de Béchevelin.
Louis XI, désireux de régler les querelles liées au paiement des impôts entre le présidial de Lyon et le parlement de Grenoble, mandate un certain Louis Tindo qui fixe les limites du territoire de la Guillotière du 13 août au 23 septembre 1479. C’est la première fois que le nom de Montchal est évoqué comme une résidence seigneuriale du village de Chaussagne : « Nous transporâmes par le chemin par lequel on va de Lyon à Genas jusqes au boys de Monchal et dudit chemin par ung autre chemin traversant le hault desdits bois de Monchal et tirant à ung carrefour estant au chemin par lequel on va de Lyon à Bron, appelé ledit carrefour Rampant (Rameaux) de Chassaignes auquel a une croix de bois estang en ung buisson ».
Saint Bernard, manuscrit du XIIIe siècle
En 1534, les héritiers de Pierre Prost, propriétaire du domaine, vend les terres de Montchat au concierge des prisons de Lyon, Jehan Catherine Exposition sur les 150 ans de Montchat à la bibliothèque du Foyer. Ce dernier fait construire l’actuel château, qui sera toutefois restauré au XIXe siècle. Le domaine devient ensuite la propriété des seigneurs de Bron qui le transmettent à leur tour à François Basset en 1638.
Montchat reçoit la visite de la Reine Christine de Suède [1] en août 1657. C’est l’époque des grand voyages européens pour les nobles du temps et Lyon est une étape pour Christine de Suède venue relancer Mazarin pour qu’il l’aide à enlever le royaume de Naples aux Espagnols. Une anecdote relate que les Lyonnais ont décidé de ne pas lui ouvrir les portes de leur ville en prétextant qu’il ne mettent le genou à terre que pour saluer leur propre roi et que devant une telle exigence formulée par la reine de Suède, les Lyonnais ont préféré la voir éviter leur ville. La reine s’établit chez le sieur Basset dans son Château de Montchat, séjour marqué par des dégâts non négligeable aux vignes et au mobilier.
En 1682, son fils Jean Basset cède son château ainsi que l’indique l’acte notarié « plusieurs bastimens, cours, jardins clos, terres ensemencées et autres, vignes, bois, prés, sis tant près de la maison que dans le lieu de Vilurbanne (sic) en Dauphiné, avec toutes les dites dépendances, droits et appartenances de ladite maison ». Les nouveaux propriétaires sont des Bernardins, les Révérends Pères de la Congrégation de Notre-Dame des Feuillants, ordre de Abbaye de Cîteaux, du monastère Saint-Charles.
Montchat au début du XIXe siècle
Le domaine change encore de mains en 1689 ; les Pères le cèdent à Jacques Besson, un notaire de la rue Mercière à Lyon. C’est l’ancêtre de tous ceux qui feront, plus tard, l’histoire de Montchat ; une de ses descendants Louise, née en 1708, épouse Mathieu Bonand, dont elle aura un fils Luc, dernier seigneur de Montchat.
Montchat au XIXème Siècle: du privé au publique
La fille unique de Luc épouse Henry Vitton, maire de La Guillotière. De ce mariage nait Louise-Françoise Vitton. En 1831, elle épouse Jean-Louis-François Richard (également maire de la Guillotière). Cette alliance donne ainsi la famille Richard-Vitton, qui donne son nom à un des cours qui traverse le quartier de Montchat.
En 1858, les propriétaires décident de morceler une partie du domaine pour permettre la construction de maisons familiales accessibles à la « classe peu aisée », notamment pour les ménages ayant perdu tous leurs biens lors de la crue de 1856.
Ils cèdent gratuitement des terrains afin d’y aménager des rues et des places qui portent les prénoms des membres de de la famille Richard-Vitton. En 1875, ils réservent un lot à proximité du château pour la construction d’une église, d’écoles et d’une salle d’asile. Un autre terrain est réservé au nord-est de la place ronde afin d’aménager des remises et des écuries nécessaires à l’ouverture en 1881 d’une ligne omnibus jusqu’au pont de la Guillotière. La traction à vapeur remplace la traction hippomobile en 1896, puis le tramway devient électrique en 1902. En outre, le quartier se trouve à proximité immédiate de la gare de Villeurbanne, ouverte en 1881.
Les Montchatois devaient se rendre à l’église de Villeurbanne, comme le rappelle le nom de la rue de l’église au nord du quartier. Une église est donc construite en 1875 sur les terrains fournis par Louise Richard-Vitton: l’Eglise Notre-Dame du Bon Secours ; trop petite, elle doit être agrandie en 1894. Elle est, selon les mots de René Tavernier, “le centre [ du quartier], insignifiante d’architecture mais par là même peut-être plus représentative de sa fonction de mère-poule groupant ses poussins.”
La population de Montchat croit rapidement : 654 habitants dans 73 maisons en 1858 contre 3573 habitants dans 855 maisons en 1896. De ce fait, les équipements publics se multiplient afin de satisfaire les besoins de la population. Cet aménagement fut l’illustration de vastes opérations d’urbanisation, non pas semi-publique comme sur les terrains des hospices civiles dans le quartier de la Préfecture par exemple, mais privées.
Jusqu’à la fin de XIXème siècle, ce secteur s’apparenta à un village centré sur son église et sa place, et fut préservé de la circulation automobile.
L’aménagement de l’ensemble du quartier dans le même temps lui donna une unité architecturale et le préserva des bouleversements architecturaux du XXème siècle.
La vie champêtre d’avant guerre céda la place aux villas, aux commerces et à de petites entreprises. Ce tissu social d’ouvriers, de petits patrons a peu a peu disparu au bénéfice du personnel médicale.
Montchat au XXème Siècle: de la spécificité d’un quartier
Au début du 20e siècle, le quartier de Montchat change en profondeur une nouvelle fois avec la construction de plusieurs établissements de santé : l’Hôpital Edouard Herriot construit par Tony Garnier[2]inauguré en 1933, la Clinique Mutualiste inaugurée en 1935 et l’Hôpital d’instruction militaire des armées Desgenettes inauguré en 1930.
Ainsi, dès le premier tiers du XXème siècle, Montchat devient le « quartier des hôpitaux ». Impulsé par la construction de l’hôpital Edouard Herriot, de nombreuses structures médicales choisirent ce secteur pour leurs implantations. Inauguré en 1930, cet hôpital est le pivot du plus vaste quartier d’Europe consacré à la santé, avec les faculté de Médecine et de Pharmacie partiellement financés par Rockefeller en 1930, l’école infirmières, les hôpitaux neurologiques et cardiologiques (années 70) et le centre international de recherche contre le cancer en 1972 (CIRC).
Pendant la Seconde Guerre Mondiale, le quartier fut un foyer de la Résistance avec notamment la figure du docteur Jean LONG, membre du réseau “Coq Enchaîné” qui distribuait des tracts et fournissait des soins aux clandestins et aux Résistants de la région, assassiné en 1943. Le cours Henri à été rebaptisé Cours du Dr Long.
On peut évoquer aussi le souvenir de René TAVERNIER, écrivain, journaliste et Résistant, père de Bertrand Tavernier, qui se cacha à Lyon entre 1941 et 1944. C’est au n°4 de la rue Chambovet que fut créée et publiée la revue « Confluences » pendant cette période. C’est là que se réunissait le Conseil National des Écrivains de la Zone Sud.
Par ailleurs, Chauvy note, à propos de la maison de « trois pièces et une salle de bains-cuisine”, qu’Elsa Triolet et Aragon y vécurent de 1942 à 1943.
Si Louis et Elsa apprécient le quartier, ils goûtent moins la ville : “désolante comme un poussiéreux bureau de notaire, tapissé d’anciennes archives de famille, pareilles à des caveaux dans un cimetière”.
En avril 1993, une plaque a été apposée au n°4 de la rue Chambovet à l’emplacement de la demeure disparue. L’inscription gravée apprend notamment aux passants qu’ici, Aragon a écrit son poème « Il n’y a pas d’amour heureux »
Bibliographie
Bazin, George (1956) Montchat : un ancien lieu-dit de la rive gauche du Rhône.
Guetty Long et Gérard Chauvy (2003) Montchat regards sur l’histoire d’un quartier lyonnais, des origines à nos jours. Lyon: Les éditions Bellier.
Robert Brun de La Valette (1969) Lyon et ses rues. Lyon: Editions du Fleuve.
Pelletier, Jean (1997) Lyon connaître son arrondissement , le 3e. Lyon : Lyonnaises Eds.
Source: Wikipedia